Cécile Ansieau, archéologue de l'AWAP (Agence Wallonne du Patrimoine), présente une conférence intitulée « La Meuse à sec ».
Le chômage de la Meuse, cette drôle d'expression décrit la période de trois semaines où on baisse le niveau de l'eau pour permettre les travaux d'entretien des berges et des écluses. Pour Cécile Ansieau, archéologue de l'AWAP, l'Agence Wallonne du Patrimoine, cette pratique a d'autres bénéfices :
Mais ça a un autre avantage pour les riverains, pour les archéologues et pour les historiens. Ça redonne l'image de la Meuse telle qu'elle était au XIXe siècle avant la canalisation. On voit qu'elle était très large.
Pendant le chômage, des fouilles archéologiques sont organisées. Dans son exposé donné à la Maison du Patrimoine médiéval mosan, Cécile Ansieau révèle les résultats des fouilles menées dans le lit de la Meuse lors des derniers chômages, révélant un patrimoine archéologique insoupçonné.
Une mobilisation sans précédent en 1998
La première grande campagne archéologique remonte à 1998. L'opération mobilise alors 110 bénévoles répartis en 30 équipes qui prospectent les berges et le lit accessible sur 45 kilomètres.
On avait demandé aux personnes d'observer tout ce qui n'était pas naturel, tout ce qui était d'origine anthropique, donc quelque chose que l'homme aurait pu faire. Cela pouvait être des poteaux, des pierres, des installations de bois, ça pouvait être un peu tout et n'importe quoi du moment que ce n'était pas naturel.
Cette méthodologie permet d'identifier 94 sites archéologiques, tous répertoriés dans l'inventaire officiel des sites archéologiques de Wallonie.
A LIRE AUSSI : Des fouilles subaquatiques dans la Meuse en chômage
Des découvertes spectaculaires
Parmi les trouvailles figurent au moins 4 gués, 2 passages d'eau, 5 bottes, 1 baquet échoué et des ensembles de poteaux. À Godinne, les archéologues découvrent plus de 700 piquets correspondant à d'anciennes pêcheries médiévales. Ces installations, organisées en forme de V, servaient à attraper les poissons grâce à des nasses placées au bout des alignements.

Fouilles subaquatiques dans la Meuse en 2022
La fouille de 1998 révèle également un bac à Hermeton. Il est aujourd'hui conservé au Moulin de Beez. On retrouve aussi des aménagements portuaires médiévaux près de l'abbaye d'Hastière.
L'évolution des techniques
Les campagnes suivantes (2001, 2007, 2022) bénéficient de technologies de plus en plus sophistiquées. En 2022, l'équipe utilise des drones, la photogrammétrie qui permet la modélisation en 3D et une station totale – un instrument de mesure topographique - pour des relevés de précision. Les plongées archéologiques complètent les observations terrestres.

Aiguière du XVème siècle (Maison du Patrimoine médiéval mosan)
Cette dernière campagne apporte son lot de découvertes, notamment une magnifique aiguière en bronze du 15e siècle trouvée près de Poilvache.
A LIRE AUSSI : Une aiguière du XVème siècle découverte lors du chômage de la Meuse
Cécile Ansieau alerte aussi sur la fragilité de ce patrimoine immergé. Certains sites identifiés en 1998 ont totalement disparu, victimes des dragages et travaux d'aménagement. À Dinant, par exemple, les fondations d'un pont photographiées en 1998 n'existent plus suite à des dragages en 2001 où des maçonneries ont été enlevées parce qu'elle gênaient la navigation.