En Belgique, on compte plus de 19.000 coopératives. Ce modèle d'entreprise résisterait mieux aux crises que nous connaissons, comme ça été le cas pour la Brasserie de la Lesse à Eprave (Rochefort).
Cela fait plus de 10 ans que la Brasserie de la Lesse produit ses bières à Eprave dans la commune de Rochefort. Malgré la flambée des prix et la crise énergétique, cette microbrasserie a conservé sa croissance annuelle d'environ 10%. Comme d'autres coopératives, la brasserie résiste mieux aux crises, explique Julien Collard, son administrateur délégué.
On essaye d'avoir des fournisseurs belges et même, le plus possible, locaux. On ne travaille pas forcément au meilleur marché avec eux. Ça crée des partenariats plus forts. Par exemple, nous avions déjà fixé le prix du malt avec l'agriculteur et donc nous avons été moins impactés par la flambée des prix des céréales, vu qu'on ne suit pas les prix du marché.
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Les coopérateurs : une ressource précieuse
La philosophie du "tout local" n'est pas le seul élément qui explique cette réussite. A la Brasserie de la Lesse, 480 coopérateurs font vivre l'entreprise dans laquelle ils ont investi. Ce sont eux les véritables propriétaires, ils décident de la stratégie commerciale mais sont aussi une ressource précieuse, ajoute Julien Collard.
Ce sont aussi des gens qui sont ambassadeurs de la brasserie. Ils ont mis des billes dans l'entreprise et donc ils ont aussi envie que l'entreprise soit pérenne. En plus, lorsque nous avons un besoin particulier ou d'une compétence particulière, avant d'aller chercher un entrepreneur que l'on ne connait pas, on va d'abord se renseigner auprès des coopérateurs pour savoir s'il y n'y a pas quelqu'un de qualifié parmi eux.
Une philosophie radicalement différente de l'entreprenariat classique
Les coopératives auraient ainsi une philosophie radicalement différente d'une entreprise classique. Il s'agit de répondre à un besoin plutôt que de faire du profit, précise Jérôme Rassart, accompagnateur du secteur coopératif chez Crédal.
En comparaison, dans l'entreprenariat classique, on crée un produit ou un service et puis, on va essayer que le marché s'adapte à ce produit ou ce service. Une coopérative, par contre, elle est créée parce qu'on a identifié un besoin. Ce sont généralement les premières personnes qui ont identifié ce besoin qui vont être à l'origine de la coopérative. Cela permet d'avoir une bonne base commerciale pour se lancer.
Julien Collard confirme :
Nous, en fin d'année, on se dit toujours que si on a payé nos salaires, nos investissements, nos charges et que nous sommes à zéro, c'est bien. Or, pour le modèle entrepreneurial classique ce n'est pas suffisant. Il faut aussi faire du bénéfice, soit pour le capitaliser, soit pour rémunérer des actionnaires ou des investisseurs. Le fait de ne pas fonctionner comme cela permet d'appliquer des prix de vente qui sont moins chers, mais aussi de travailler dans des conditions plus sereines. Cependant, ça implique aussi le fait que nous ne sommes pas propriétaires de cette entreprise et que l'on ne pourra pas la transmettre à nos enfants, mais c'est un choix.
Ce modèle économique semble fonctionner car 74 % des coopératives fondées en 2016 ont survécu à leurs 5 premières années contre 68,7 % pour les PME, d'après les chiffres d'une étude réalisée par Unizo, UCM & Graydon (2021) Starters Atlas 2021.