Les forêts famennoises souffrent du réchauffement climatique. Conséquence directe : les chênes, attaqués plus en profondeur par des vers à bois, perdent jusqu'à 40% de leur valeur marchande.
Dans ces tas de chênes sciés dans une scierie à Morville (Florennes), on peut remarquer certains bois "piqués". Le terme est utilisé pour désigner les trous et leur galerie qui sont l'œuvre de vers à bois. Le phénomène n'est pas nouveau, mais les attaques sur les chênes sont bien plus présente aujourd'hui qu'hier, et avec des dégâts plus en profondeur, selon Martial Camps, le patron de cette scierie qui traite des chênes en provenance du sud des provinces de Namur et du Hainaut :
On est vraiment passé de quelques bois, de quelques mètres cubes, à 20 voire 30 % des bois qu'on achète. Par le passé, les piqûres se limitaient essentiellement à l'aubier, la partie superficielle du chêne. Alors que maintenant, on constate que les piqûres sont plus profondes dans le bois, dans le duramen.
Maladie insidieuse
Conséquence : le chêne "piqué" fini généralement en bois de chauffage et perd dès lors une très grande partie de sa valeur marchande.
Et tout cela, sans pouvoir vraiment le prédire lorsque l'arbre est encore sur pied. C'est le côté insidieux du ravageur, poursuit le scieur :
Lorsque l'arbre est encore sur pied, on essaie via quelques petits indices extérieurs. Il peut y avoir des petites piqûres à l'endroit où le DNF a enlevé l'écorce. On peut aussi observer s'il y a un peu de sciure tout autour du bois. Mais il est impossible de déterminer si ça se limite à quelques centimètres ou si ça rentre de quinze, vingt voire trente centimètres dans le bois. On ne peut que le constater une fois que le bois est scié.
La Famenne trinque
Dès lors, le chêne encore sur pied, avec une suspicion de maladie, perd 30 à 40 % de sa valeur marchande. Son prix passe de 220 euros du mètre cube, à 150 euros pour la même quantité. Et selon Martial Camps, la Famenne serait l'une des régions en Wallonie les plus impactées par le phénomène du « chêne piqué », ou encore du « bois sec » :
On constate qu'il y a des bois secs partout, mais le phénomène est plus amplifié en Famenne. Je le constate dans mes approvisionnements dans les communes de Beauraing, Houyet, Rochefort. Je ne vais pas beaucoup plus loin dans mes approvisionnements, mais je constate que ces communes sont particulièrement touchées. Elles sont beaucoup plus impactées qu'ailleurs.
Réchauffement climatique
Dans un récent reportage, Thibaut Gheysen nous faisait part du même avis. Ces dernières années, le chef du cantonnement de Rochefort pour le Département Nature et Forêt constate que les forêts famennoises sont en souffrance en raison du réchauffement climatique. Le secteur du bois en subit aujourd'hui les conséquences.
Martial Camps, pour sa scierie, garde toutefois l'espoir que cette année 2024, un peu plus humide, permette de freiner la prolifération du ravageur dans nos forêts. Un insecte qui apprécie davantage les périodes de sécheresse.