EX CATHEDRA : quand Dinant résistait aux Allemands

18/02/2016 20:00:00

Valentin Malfait, chercheur en histoire contemporaine à l’université de Namur, présente une conférence intitulée « 1914-1918, l’opposition clandestine à Dinant ».

Suite à l’invasion allemande d’août 1914, un régime d’occupation se met en place sur une grande partie du territoire belge. La vie devient extrêmement difficile pour la population. Très vite, malgré les menaces de répression, des actions de résistance s’organisent.

Les historiens classent l’opposition clandestine pendant la première guerre mondiale en quatre catégories.

La cache et le passage d’hommes

A la suite des âpres combats d’août 1914, bon nombre de soldats belges comme français n’ont pas réussi à rejoindre leur régiment. Pour échapper aux Allemands, ils se cachent, le plus souvent dans les bois. La population civile les aide en leur procurant de la nourriture, en les cachant chez des particuliers ou dans des églises ou encore en leur fournissant de faux papiers. Certains vont pousser l’aide encore plus loin et créer de véritables filières de passage entre la Belgique occupée et le front via les Pays-Bas neutres.

Dans un second temps, ces filières vers les Pays-Bas ne concerneront plus que les soldats égarés mais aussi des jeunes gens désireux de se battre.

Face à ces réseaux, la réaction des Allemands est implacable. Tous ceux qui sont arrêtés pour avoir aidé des hommes à passer aux Pays-Bas sont condamnés à mort. L’exemple le plus tristement célèbre est celui d’Edith Cavell, exécutée le 12 octobre 1915.

En 1915, pour tenter de contenir les passages vers les Pays-Bas, les Allemands installent une ligne à haute tension entre les deux pays. On estime à 800 le nombre de personnes décédées en tentant de la franchir.

La correspondance clandestine

Il n’y a pas que les hommes qui tentent de circuler au nez et à la barbe des envahisseurs, c’est aussi le cas de l’information. Les soldats belges sur le front sont totalement coupés de leur famille. Pour tous, l’absence de nouvelles est une véritable torture. Des deux côtés, on va rivaliser d’astuces (par exemple, cacher des lettres dans les talons des chaussures) pour pouvoir simplement dire à ceux qu’on aime « Je vais bien ».

Des réseaux de correspondance clandestine se mettent en place comme l’ « Œuvre du Mot du soldat » qui permettait de s’écrire entre le front et les zones occupées.

Les journaux aussi sont censurés. Pour les Belges, il est impossible de lire des informations sur le déroulement de la guerre qui ne passent pas par le service de censure allemand. Pour contrer cela, naissent des journaux clandestins. Le plus célèbre d’entre eux paraît encore aujourd’hui, il s’agit de « la Libre Belgique ».

Le passage de prohibés                                                    

Des écrits, des brochures souvent tirées à quelques exemplaires, circulent aussi sous le manteau. Souvent, il s’agit de se moquer de l’envahisseur allemand, de faire rire à ses dépends.

L’espionnage

En 1918, on compte 300 réseaux d’espions qui dépendent des états-majors belges, français ou anglais. Leur organisation est très souvent de type militaire. Des observateurs surveillent les chemins de fer, les routes et les premiers aérodromes. Leur but est d’informer les alliés de tous les mouvements de troupes allemandes. Le réseau le plus célèbre, La Dame Blanche, a compté jusqu’à 1000 agents et dépendait des Anglais.

Les héros de la résistance à Dinant 

De Leffe vers les Pays-Bas

Le Curé de Leffe, l’Abbé Baelde, s’est particulièrement illustré dans le passage d’hommes vers les Pays-Bas. Il a créé un véritable réseau avec son complice Dom Norbert Nieuwland, Père à l’Abbaye de Maredsous. Celui-ci parcourt les campagnes et envoie les soldats égarés vers Leffe. Là, le Curé leur procure de faux papiers et les aiguille vers des personnes de confiance.

En novembre 1917, suite à une indiscrétion, l’Abbé Baelde est arrêté et condamné à mort. L’évêché de Namur intercède en sa faveur et sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés. Il est envoyé en prison en Allemagne. Lors de l’été 1918, sa santé se détériore et les Allemands lui permettent de rentrer à Dinant. Il ne peut plus célébrer la messe et doit rester cloîtrer chez lui. Quelques jours plus tard, il est retrouvé mort chez lui.

Le Père Norbert échappe, quant à lui, aux Allemands. Ceux-ci se méprennent et arrêtent le Père Norbert de l’Abbaye de Leffe. Après l’avoir interrogé assez rudement, ils doivent bien reconnaître que le Père Norbert de Leffe n’est pas membre de la filière.

Le Vice-Consul des Pays-Bas, bienfaiteur des Dinantais

Le Vice-Consul des Pays-Bas, M. Van Rijckevorsel, est un homme très aimé des Dinantais. Il les aide en leur procurant de la nourriture et de l’argent. Il fait aussi passer des orphelins des fusillés du 23 août aux Pays-Bas.

Lors de ses nombreux voyages professionnels vers ce pays, il sert de facteur clandestin et permet à des courriers de circuler entre Dinant et le front. Arrêté en 1915, il est condamné à mort. Sa peine sera commuée en travaux forcés à perpétuité : il est déporté en Allemagne pendant toute la durée de la guerre.

Une prof à la tête de l’espionnage à Dinant

Le réseau d’espionnage Brésil (120 membres) possède une antenne très importante à Dinant.

Jules Beaujot, professeur à l’athénée de Namur, s’associe à des vicaires de Namur, preuve que la guerre permet de rapprocher des gens d’idéologie différente. Ensemble, ils développent le réseau Brésil dans toute la province et créent des postes le long des lignes de chemin de fer.

La sœur de Jules Beaujot est professeur à Dinant. C’est à elle qu’est confiée l’antenne dinantaise. Elle recrute des agents pour surveiller les voies de communication. Par exemple, la famille Deravet d’Anseremme est chargée d’observer la ligne de chemin de fer Anseremme – Jemelle.

Le réseau Dame Blanche a également une antenne à Dinant qui est mise en place par l’abbé Cochart, originaire de Namur. Dans un de ses rapports, il écrit cette phrase peu flatteuse pour les Dinantais :

« Ce qui compliquait les choses, c’était le couardise des Dinantais. Sans doute à leur décharge, on doit dire qu’ils avaient vu de quoi exciter leur prudence. »

Selon Valentin Malfait, cet abbé originaire de Namur n’était pas informé de tous les actes de résistance des Dinantais. Ses recherches d’historien prouve, au contraire, que pas mal de Dinantais se sont impliqués dans la résistance malgré (ou peut-être, à cause de) l’horreur vécue le 23 août 1914. 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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