"Les agriculteurs ont joué les idiots utiles de la grande distribution"
publié le:04/11/2016 12:27:52 - mis à jour: 04/11/2016 12:54:33
Stéphane Delogne, porte-parole de la Fugea, évoque l'effondrement continu des prix de la viande et du lait.
- "Dans la bataille pour changer le Ceta, on savait que les forces en présence n'étaient pas équivalentes, que la Wallonie était fort isolée. Les négociateurs wallons nous ont dit que le peu d'avancées obtenues l'ont été grâce à la Fugea et au Mig. La FWA qui a communiqué en faveur du Ceta, cela a fait beaucoup de tort à la position wallonne. La FWA a donné des armes pour battre les agriculteurs wallons.
- La consommation de viande s'érode en interne continuellement, elle ne repartira jamais à la hausse. Ce qu'il reste pour certains, ce sont les marchés d'exportation à tout prix, mais ils ne paient pas. Il faut qu'on recentre notre consommation vers le marché intérieur qui est plus durable écologiquement et plus durable pour les prix pour les agriculteurs, plutôt que brader nos produits à l'exportation, ce qui a aussi pour effet de déstructurer des marchés dans le sud. Il y a aussi moyen de réfléchir à l'agriculture que nous voulons, avec des petites et moyennes fermes, des primes plafonnées et des prix plus durables, et pas en faisant le jeu de la grande distribution, avec toujours plus d'exportation, car finalement c'est toujours le plus gros qui triomphe.
- Le prix de la viande s'effondre. Des vaches laitières sont amenées à l'abattoir à cause de la régulation de lait. Il y a une pression sur le marché de la viande. Le Ceta, c'est une pression supplémentaire sur le marché de la viande. Les Canadiens produisent moins cher, jusqu'à 1 euro moins cher sur le prix carcasse, et que vont-ils nous envoyer? Les beaux morceaux. Au Canada, on mange essentiellement du haché. Ils seront très contents de nous envoyer les filets et entrecôtes. Je lis la presse canadienne très régulièrement; c'est ce qu'on leur promet, aux éleveurs canadiens, d'avoir le marché viande noble des Européens.
- En lait, il y a eu l'accord avec la grande distribution qui a permis de donner quelques centimes en plus par litre pendant six mois aux producteurs. Aujourd'hui on voit que l'accord a servi la grande distribution: les prix ont augmenté pour que le consommateur participe à l'effort, maintenant cette aide n'est plus versée aux producteurs, mais les prix n'ont pas descendu. Les agriculteurs ont joué les idiots utiles."