Le projet de réforme des médias de proximité divise le gouvernement de la FWB. Là où les libéraux soutiennent la proposition de la ministre Jacqueline Galant, Les Engagés la rejettent et critiquent la méthode.
Depuis l'annonce, mardi dernier, du projet porté par la ministre libérale Jacqueline Galant, les rangs de la majorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles se dispersent. Le sujet est sensible : il est question de fusion, et donc de disparition potentielle de certains médias, notamment Matélé. Pour rappel, la « note à casser » de la ministre envisage de réduire le nombre de médias de proximité de 12 à 8, tout en diminuant l'enveloppe budgétaire allouée au secteur.
Des soutiens locaux dissonants
Ces derniers jours, plusieurs élus locaux des partis de la majorité Azur ont exprimé leur soutien à leur média local. Ainsi, dans l'arrondissement de Dinant, couvert par Matélé, la MR Valérie Lecomte (Somme-Leuze) plaide pour le maintien de deux médias namurois : Boukè au nord et Matélé au sud. Du côté des Engagés, les députés fédéraux Marc Lejeune (Beauraing) et Anne Pirson (Ciney) ont également fait part de leur incompréhension.
Deux communiqués… aux points de vue divergents
En réaction à ces prises de position individuelles, les deux partis — MR et Engagés — ont successivement diffusé, lundi en fin de journée, un communiqué de presse pour s'exprimer d'une seule voix. Mais là encore, les avis divergent. Tandis que les libéraux « saluent et soutiennent » la réforme portée par Jacqueline Galant, Les Engagés rejettent la note en l'état :
A ce stade, ce document ne semble pas se conformer à la lettre et à l'esprit des dispositions de la DPC en matière de médias de proximité. Rappelons qu'à ce stade, la Ministre Galant a travaillé seule et n'a pas présenté cette note d'orientation au Gouvernement. Sa note de travail/pièce à casser n'est donc pas la vision du Gouvernement. Cette méthode est la sienne, et non, celle du Gouvernement ou des Engagés. La position des députés Engagés est d'encourager les télévisions locales à davantage de synergies et le cas échéant de fusionner en perspective de 2031.
Son de cloche différent chez les libéraux, qui « soulignent la nécessité d'une réforme profonde de la gouvernance des MDP » :
Aujourd'hui, certaines télévisions locales comptent jusqu'à 38 administrateurs, ce qui entraîne une lourdeur décisionnelle et un manque d'agilité. Trop de structures et de niveaux de gestion freinent l'efficacité du secteur. (…) Le MR rappelle l'importance d'inciter les médias de proximité à diversifier leurs sources de financement et à rechercher davantage de recettes privées, comme c'est le cas en Flandre, où la part des subsides publics est bien moindre.
Un rapprochement, oui. Un verrouillage, non.
Les Engagés prônent un rapprochement, mais refusent qu'un nombre précis de médias de proximité (un par province, deux pour Liège et le Hainaut) soit imposé à l'horizon 2031 :
Rien dans la DPC ne justifie un tel verrouillage. En revanche, une évolution du paysage des médias de proximité est souhaitable. Nous sommes favorables aux rapprochements, mais il conviendrait de présenter un cadre stimulant les fusions volontaires, à l'instar de ce qui a été fait dans d'autres secteurs.
D'accord sur le volet financier
Là où libéraux et Engagés se retrouvent, c'est sur la nécessité budgétaire. Il est en effet prévu de ramener l'enveloppe à 10 millions d'euros (contre 11 millions en 2024) et de supprimer le mécanisme d'indexation. Ceci étant, Les Engagés mettent en garde :
En regard de la situation budgétaire, il n'apparaît ni déraisonnable ni incohérent de supprimer l'indexation à partir de 2026. Par ailleurs, la forte dépendance des médias de proximité aux emplois APE appelle à la vigilance quant à un effet cumulatif des réformes, qui pourrait mettre en péril la soutenabilité financière des opérateurs.
Des synergies à préciser
Dans leur communiqué, Les Engagés s'opposent aussi publiquement à la suppression, dès 2026 du réseau des médias de proximité, « levier efficace pour stimuler les synergies ».
Ils invitent également la ministre à préciser les contours des futures synergies avec la RTBF, « dont les modalités restent trop floues » alors qu'elles font partie intégrante de la DPC.
Enfin, Les Engagés mettent en garde leur partenaire contre les risques d'un affaiblissement du paysage médiatique :
De nombreuses études montrent qu'un affaiblissement de ces relais locaux va souvent de pair avec une montée de la désinformation, une polarisation croissante, un vote protestataire accru et un renforcement des discours populistes. Il est donc fondamental, même dans un contexte budgétaire contraint, de préserver ce maillage en garantissant un modèle viable et pérenne.
Malgré les critiques émises, Les Engagés précisent qu'ils "conservent leur confiance en leur ministre".
Les libéraux, de leur côté, rappellent qu'il est nécessaire de mettre rapidement en œuvre cette réforme, « afin de répondre aux nouveaux modes de consommation médiatique, tout en assurant la meilleure utilisation possible de l'argent public ».
Reportage : Boukè